Observer avant d'écrire : ce que les participants font de leurs premières
Retour sur la manière dont le module d'observation se déroule en cette mi-automne : le temps de regard imposé, les notes prises avant toute phrase, et ce qu'elles changent dans les textes.
Thomas Lambert · · 4 minutes de lecture
Un début de séance qui ne ressemble pas à un cours d'écriture
Quand les participants arrivent à la première séance du module Observer avant d'écrire, ils s'attendent souvent à ouvrir un carnet et à rédiger. Je leur demande plutôt de poser le stylo. Une image est affichée, une seule, et chacun la regarde en silence pendant plusieurs minutes. Ce moment semble long, parfois même inconfortable, surtout pour celles et ceux qui travaillent avec des visuels toute la journée et ont l'habitude de les parcourir à toute vitesse.
Ce silence est le cœur du module. Il sert à passer du coup d'œil au regard : repérer ce qui est évident, puis ce qui l'est moins, comme une main cadrée à moitié, un reflet dans une vitre ou une ombre qui indique l'heure. C'est à ce prix qu'on arrive ensuite à décider, avec calme, ce qu'un texte peut apporter de plus.
Ce que ces semaines d'automne nous ont montré
Cet automne, nous avons choisi des images liées à la saison : des chemins de feuilles mouillées, des vitrines éclairées tôt, des mains autour d'une tasse. Ces scènes très lisibles ont un avantage pédagogique. Elles sont si parlantes que la tentation de les décrire est immense, et c'est exactement le piège que le module apprend à repérer.
Plusieurs participants ont remarqué qu'ils commençaient spontanément par énumérer : des feuilles, de la pluie, une femme avec un parapluie. Nous leur proposons alors de barrer chaque mot que l'image dit déjà. Ce qui reste est mince, parfois presque rien, et c'est précisément là que commence le vrai travail d'écriture.
La grille de lecture en trois temps
La méthode tient en trois passages successifs sur la même image. Le premier relève ce qui est visible sans effort. Le deuxième cherche les détails secondaires, ceux qu'on ne remarque qu'au bout d'un moment. Le troisième formule ce qui manque : le lieu, le moment, l'intention, ce qui a eu lieu juste avant ou va suivre.
Chaque passage se note sur une colonne distincte de la feuille de travail. Cette séparation visuelle aide à ne pas mélanger constat et ajout. Beaucoup de participants me disent qu'elle leur sert ensuite dans leur métier, par exemple pour relire une légende rédigée à la hâte avant publication.
- Premier passage : ce que l'image montre sans effort
- Deuxième passage : les détails que l'on découvre en insistant
- Troisième passage : ce qu'un texte pourrait ajouter
Les réactions qui reviennent le plus souvent
La première réaction est la surprise devant la quantité de choses que l'on n'avait pas vues. Une photographe du groupe a confié avoir cadré cette image elle-même, des mois plus tôt, sans jamais noter la silhouette dans le fond. Cette découverte change sa façon d'écrire à son propos : elle ne cherche plus à tout dire, elle choisit.
La deuxième réaction est plus délicate : une certaine impatience. Certains veulent écrire tout de suite et trouvent le temps d'observation trop lent. Je ne la combats pas. Je leur propose de noter une phrase de départ sur le côté, à garder pour plus tard, puis de revenir au regard. Elle est presque toujours reformulée à la fin de la séance.
Comment le module s'articule avec la suite du programme
Observer avant d'écrire est le premier module du programme, et il prépare les suivants sans les remplacer. Les notes prises pendant les séances d'observation deviennent la matière des exercices d'écriture, où l'on apprend à rédiger une ou deux phrases qui complètent l'image au lieu de la répéter.
Rien n'est exigé comme prérequis, sinon l'habitude de travailler avec des visuels, même occasionnellement. Vous repartez du module avec une méthode de lecture reproductible, des feuilles de travail annotées et un regard plus patient. Ce sont des acquis modestes, mais ils se réutilisent dès le lendemain, face à n'importe quelle image.
Le temps d'observation paraît improductif, et c'est pourtant lui qui donne leur justesse aux textes qui suivent. Cet automne confirme ce que nous constatons depuis plusieurs années : celles et ceux qui regardent plus longtemps écrivent moins, mais mieux. Si vous travaillez avec des images, essayez ceci dès cette semaine : fixez une photographie pendant cinq minutes avant de rédiger votre première ligne.
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